fbpx
Le système de compensation carbone dans le secteur du tourisme et du voyage

Voyageurs engagés : que penser du système de compensation carbone ?

Vous êtes en pleine organisation de votre prochain voyage et vous êtes prêts à acheter vos billets d’avion ? Vous avez entendu parler du système de compensation carbone, mais vous hésitez à utiliser cette possibilité offerte aux usagers ?

Vous peinez à vous faire une opinion, entre celle des détracteurs d’un système réputé opaque, et celle des partisans du “better something than nothing”, et vous doutez de son impact réel ?

Enquête et analyse pour vous aider à décrypter les rouages de ce système, et à prendre votre décision en connaissance de cause.

Qu’est-ce que le principe de compensation des émissions carbone ?

Depuis la mise en œuvre des Accords de Paris fin 2016, visant à atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique à +2°C, les États signataires (125 États au total) déploient progressivement leur politique de limitation des émissions de gaz à effet de serre. En France, l’objectif fixé par ces Accords est d’atteindre la “neutralité carbone”, ou compensation à 100% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre produits par les activités menées sur le territoire, d’ici 2050.

C’est dans ce cadre qu’intervient le principe de compensation carbone.

Ce principe ouvre la possibilité à tout acheteur de “compenser” volontairement ses émissions carbone, en achetant des crédits carbone calculés sur le principe du pollueur-payeur, et correspondant à la part de gaz à effets de serre émis dans le cadre de ses activités. Cette part d’émissions carbonées est évaluée par un modèle de calcul scientifique sophistiqué, qui estime la masse des émissions générée par l’activité, ramenée en tonnes de CO2 équivalent avec un système de pondération des différents gaz à effet de serre. L’acheteur paye un prix proportionnel à cette masse de CO2 équivalent, dans le but de financer à hauteur de la pollution qu’il génère, des projets dits “verts” dans les domaines suivants :

  • l’entretien (préservation de forêts existantes) ou la création (reforestation) de “puits de carbone” absorbeurs de CO2,
  • l’optimisation des activités communautaires et la mise en œuvre de solutions faiblement émettrices de gaz à effets de serre au sein des territoires les plus vulnérables au réchauffement climatique.

Le mécanisme de “compensation”, tel le principe des vases communicants, fait référence au fait d’engager une action volontaire, au travers d’un financement à hauteur de la pollution déclarée, pour permettre soit d’absorber la quantité de CO2 équivalente produite par l’activité, soit d’éviter préventivement son apparition, au travers des projets financés.

Comment puis-je compenser mes émissions en tant que voyageur indépendant ?

infographie Comment compenser ses émissions carbonées

Concrètement, tout particulier souhaitant compenser les émissions de gaz à effet de serre générées par son utilisation d’un vol commercial (ou de n’importe quel transport maritime ou terrestre générateur d’émissions) a la possibilité :

  • de réserver son billet auprès de transporteurs (compagnies terrestres, maritimes et aériennes), agences de voyage ou intermédiaires commerciaux (comparateurs de vols et réservation de billets en ligne) proposant la possibilité de racheter sa part d’émissions carbonées en crédits carbone. L’attribution de ces crédits sera directement gérée par l’entité qui perçoit ces montants. Dans ce cas, il est recommandé de se tourner vers des entreprises labellisées par l’Association pour un Tourisme Responsable, qui proposent de financer uniquement des projets verts labellisés, ou vers des agences et associations directement partenaires de projets verts qu’elles parrainent elles-mêmes par un mécénat ou des investissements, voire qu’elles ont contribué à développer directement,
  • de racheter directement sa part d’émissions auprès d’un organisme de courtage privé en ligne, spécialisé dans ce type de transaction, qui offre la possibilité à l’acheteur de choisir parmi leur portefeuille de projets, celui ou ceux qu’il souhaite financer. Les organismes les plus reconnus en France sont notamment : Goodplanet, Climateseed, EcoAct, Climat Mundi. Ces organismes disposent tous de leur propre calculateur d’émissions, et établissent le prix de la tonne de CO2 selon des critères internes, faute de standards existants sur le marché de compensation volontaire : en conséquence, les disparités des prix de la tonne de CO2 équivalent et des résultats du calcul peuvent être assez importants (parfois jusqu’à 20% d’écarts),
  • de calculer lui-même sa part d’émissions carbonées en utilisant les calculateurs en ligne (ADEME, Goodplanet, Climat Mundi, etc.), de faire des recherches et sélectionner les projets qui lui paraissent les plus éthiques ou efficaces, et de faire un don auprès de l’association ou de l’ONG sans passer par un organisme intermédiaire de courtage.

Dans tous les cas, l’accès aux informations cruciales permettant de juger de l’impact réel de votre contribution à ces projets n’est pas aisé :

  • Le calculateur des émissions de gaz à effet de serre fournit-il une évaluation fiable de la part de vos émissions (quelles sont les hypothèses initiales, les phénomènes pris en compte dans la modélisation, le forçage radiatif est-il pris en compte…) ? Sur quels critères est fixé le prix de la tonne de CO2 équivalente fixé par les opérateurs privés du marché de la compensation carbone volontaire ?
  • Quel pourcentage final de votre contribution financière est réellement reversé aux projets verts situés en bout de chaîne du processus de compensation ? Quelle est la part réelle des frais prélevés pour le fonctionnement de l’ensemble des intermédiaires ?
  • Quel impact réel en matière d’absorption de CO2 présente(nt) le(s) projet(s) vert(s) choisi(s) d’après leur descriptif disponible sur internet, en regard de leur pertinence technique (nature des espèces replantées, état de l’environnement : sols, pollution, climat, menaces industrielles voisines…) ? De la façon dont ils sont gérés financièrement et menés sur place ? Quel type de contrôle est exercé à destination pour vérifier sur le terrain l’affectation des fonds à l’usage prévu, notamment dans les pays en voie de développement où l’accès aux zones de reforestation peut être difficile ?

Que penser de la stratégie des entreprises du secteur touristique vis-à-vis de leurs émissions de gaz à effet de serre ?

À date en 2020, la seule obligation pesant sur les entreprises françaises est de rendre des comptes annuels sur la comptabilité de ses émissions dans ses bilans de performance. Cette obligation est mentionnée dans les textes du Code de l’Environnement et du Commerce, et fait l’objet de l’article 173 de la loi de Transition Energétique pour la croissance verte.

De plus, la loi de Transition Energétique prévoit également, dans le cadre de sa stratégie nationale bas-carbone, des objectifs de plafonds d’émissions globaux de plus en plus “ambitieux” entre 2020 et 2050, de manière à fixer un cadre national que devra respecter l’ensemble des activités génératrices de gaz à effet de serre pour obtenir, in fine, la neutralité carbone en 2050. Ces objectifs sont déjà fixés, mais pas encore déclinés sous la forme de quotas d’émissions imposés aux différents secteurs d’activités.

Ainsi, la compensation des émissions carbone relève actuellement d’une démarche volontaire, même si les incitations gouvernementales à la mise en œuvre d’une telle stratégie sont fortes, dans un contexte de sollicitation des aides de l’Etat par les entreprises du secteur du transport et du tourisme fortement impactées par l’actualité récente du COVID-19.

En France, le label de l’Association pour un Tourisme Responsable (ATR) permet de donner un cadre et des références reconnues à ces entreprises qui souhaitent marquer leur engagement en faveur d’un tourisme responsable. Ce label prévoit notamment de rendre la compensation des émissions carbonées obligatoire à hauteur de 50% à partir de 2023, puis à 100% à partir de 2025, pour ses entreprises adhérentes.

Depuis la pandémie du COVID19, la prise de conscience citoyenne se propage, et un virage d’opinion s’est amorcé pour adopter un modèle de société plus respectueux de l’environnement et des personnes. Relayé par les médias, et soutenu par une partie grandissante de la sphère des professionnels, le mouvement s’étend, gagne la sphère institutionnelle et donne l’espoir d’un véritable changement de paradigme… Mais celui-ci ne pourra voir le jour que si un nombre croissant de voyageurs saute le pas pour s’engager dès à présent, et de manière suivie, à réduire leur empreinte écologique lors de leurs prochains voyages.

La crise de grande ampleur traversée par le secteur du tourisme a poussé de plus en plus d’acteurs du secteur, des agences spécialisées dans le voyage sur-mesure responsable à certains grands opérateurs du voyage généraliste, à s’interroger sur l’avenir de la profession. Certains ont déjà rejoint ce mouvement citoyen et s’inscrivent concrètement dans une démarche active de promotion d’un tourisme vertueux, adaptant leur offre, se constituant en laboratoire d’idées pour réfléchir à une démarche commune et des solutions innovantes. Mais pour accélérer la mutation du tourisme de demain, il leur faudra réussir le pari d’inciter un maximum d’entreprises et de partenaires à se projeter dans un nouveau modèle économique, basé sur la qualité des produits vendus, le respect de l’environnement et des personnes à destination, et le niveau du service offert aux clients, plutôt que sur le volume d’affaires. Une tendance au qualitatif qui parle à un public de plus en plus élargi de voyageurs sensibles à la question de l’environnement et de la solidarité. Cette petite révolution du tourisme à l’échelle européenne va-t-elle réussir sa conversion ?

Si l’authenticité de la démarche de ces professionnels ne fait pas de doute, le virage de l’éco-responsabilité semble encore superficiel au niveau du secteur aérien, au coeur des problématiques d’émissions de gaz à effet de serre : ceux-ci doivent réaliser la transmutation de leur modèle économique en attendant le déploiement d’une flotte d’appareils de nouvelle génération beaucoup moins polluants, et passer par une phase transitoire très difficile qui éprouvera durement leur profitabilité, voire leur pérennité…

Ainsi, depuis début 2020, AirFrance s’est engagée à compenser 100% de ses émissions carbonées issues de ses vols intérieurs, et depuis mi-2020, l’Etat Français qui engage un plan d’aide massif en faveur du secteur aérien français demande à Air France des contreparties écologiques… L’effort demandé reste de portée modérée cependant, puisque seuls les vols intérieurs en concurrence avec des trajets en train permettant de relier deux villes en moins de 2h30 sont visés par ces conditions, ce qui ne représente qu’environ un quart des liaisons intérieures en France. Ainsi, la ligne Paris-Marseille, très fréquentée, n’est pas concernée…

Les entreprises du transport aérien vont-elles être incitées dans ce contexte à accélérer leurs efforts et augmenter leur budget pour le déploiement industriel de moteurs de propulsion nouvelle génération à l’énergie électrique ? La technologie existe déjà sous la forme d’un prototype, et certaines compagnies aériennes comme Easyjet envisage de réaliser les premiers essais dès 2021 pour une mise en service envisagée en 2023.

Pour les entreprises qui font le choix volontaire de la compensation de leurs émissions, les modes d’action sont essentiellement de 3 natures :

  • racheter des crédits carbone sur le marché volontaire, afin de les valoriser dans leurs propres indicateurs de performance environnementale annuels,
  • déléguer l’activité d’achats de crédits carbone à une entreprise de courtage spécialisée qui pourra également proposer des choix d’investissements sur des entreprises porteuses de « projets verts »,
  • investir en direct dans des entreprises porteuses de « projets verts », voire, devenir partie prenante de leur développement en étant mécène ou investisseur.

Dans tous les cas, les émissions à compenser doivent correspondre aux émissions résiduelles dont l’entreprise est responsable, après mise en œuvre d’une politique volontariste d’optimisation des quantités de gaz à effet de serre émises dans le cadre de ses activités. Il s’agit d’un prérequis logique au mécanisme de compensation, prescrit par le Ministère et les organismes de contrôle (labels, ADEME).

Dans les faits, cette cohérence est contrôlée via un audit annuel mené par les labels de certification de l’entreprise (ECOCERT, ATR), qui s’attachent à vérifier l’atteinte de critères uniquement qualitatifs fournis dans leur cahier des charges pour renouveler le certificat de conformité accordé à l’entreprise. Dans ces critères, il n’existe à date aucun objectif chiffré de réduction des émissions qui serait fixé par l’État.

La compensation carbone pour le voyage

Qu’est-ce que le marché de la compensation carbone ?

Il existe 2 types de marchés de compensation carbone :

  • Le marché de conformité, accessible aux États et aux grandes entreprises, et régulé par une autorité de contrôle internationale. Ce marché a été créé dans la foulée de la ratification du protocole de Kyoto en 2005, contraignant les entreprises et les États au respect d’objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
    Les mécanismes de flexibilité accessibles sur ce marché sont de 2 natures : le commerce de permis d’émissions carbonées, et le financement des projets de réduction d’émissions qui ouvre le droit à l’acquisition de crédits carbone. Bien utilisés, ces crédits carbone permettent aux porteurs de tenir leurs engagements de réduction des émissions imposés par le Protocole de Kyoto, en les déduisant directement de leurs bilans carbone,
  • Le marché de compensation volontaire, construit dans le cadre du secteur privé parallèlement au marché de conformité, et décorrélé des objectifs chiffrés du Protocole de Kyoto.
    Ce marché permet à n’importe quel type d’acheteur, qu’il soit un particulier, une entreprise, une organisation internationale ou un État, d’acquérir des crédits carbone auprès d’un organisme privé qui reverse le montant de ces crédits au(x) projet(s) “vert(s)” de son portefeuille que l’acheteur choisit. Les montants des crédits carbone sont calculés sur la base de l’évaluation de la masse de CO2 équivalent émise dans le cadre de l’activité par un calculateur scientifique, et d’un prix de la tonne de CO2 équivalent fixé librement par l’organisme choisi.

Dans les faits, la mise en œuvre de ces mécanismes comporte de nombreuses zones d’ombre, et de plus en plus de critiques s’élèvent concernant l’opacité du fonctionnement de ces 2 marchés.

Mais alors, la compensation carbone est-elle vraiment efficace pour la lutte contre le réchauffement climatique ?

L’enjeu est bien réel : une étude de mai 2018 de Nature Climate Change a indiqué que la part des émissions carbone issue du tourisme mondial représente 8% du total des émissions humaines (1). D’autre part, selon la Commission européenne, sans aucune mesure mise en place pour limiter les émissions du secteur de l’aviation, les émissions grimperaient de 300% par rapport à leurs niveaux de 1990 à l’horizon 2050 (2).

Alors, dans ce contexte, le système de compensation carbone apporte-t-il une contribution significative dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique ?

L’opinion des experts est aujourd’hui mitigée, pour 3 raisons :

1- Le système de “crédits carbone” utilisé par les entreprises sur un marché privé, censé réguler “naturellement” le prix de la tonne de carbone, présente les travers typiques de la spéculation : opacité, régulation naturelle insuffisante, double comptage des crédits carbone pour les États vendeurs et acquéreurs, report des responsabilités de ses propres émissions sur les autres opérateurs, incitation à générer des profits cachés pour compenser les sommes investies.

De plus, pour les organismes de contrôle comme pour le public, il s’avère en pratique très difficile d’obtenir les informations permettant d’estimer :

  • les montants réellement injectés dans les actions concrètes sur le terrain en regard de la multiplicité des intermédiaires de la chaîne,
  • les résultats chiffrés des mesures de terrain mises en œuvre pour la réduction des émissions directement (transporteurs) ou indirectement (opérateurs de voyage) produites par l’activité de ces entreprises, supposée être l’axe de progrès prioritaire à travailler au sein de ces entreprises.

2- Le financement de projets “verts” ne permet pas d’effacer comme par magie l’ardoise des effets nocifs des émissions dans l’environnement :

  • les forêts ne peuvent que fixer le CO2, qui ne représente qu’une fraction des gaz à effets de serre émis. Les autres gaz (notamment particules fines, rejets soufrés ou azotés) ne sont pas captés par les récepteurs des plantes, et constituent une pollution durable de l’atmosphère pour laquelle il n’existe aucune solution à ce jour,
  • les actions de reforestation constituent un pari sur l’avenir, donc sans garantie : les arbres replantés doivent d’abord grandir avant de commencer à produire leurs effets, s’ils ne périssent pas dans un aléa environnemental imprévisible à date (incendie, cyclone, tempête, maladie parasitaire…) : le processus d’absorption du CO2 ne commencera à être efficace que 20 ans après replantation a minima,
  • le type d’arbres replantés : certains arbres sont plus efficaces que d’autres en matière d’absorption de CO2. Le taux d’absorption pourra varier du simple au double en fonction de la nature des espèces replantées, de la réussite de la symbiose du mélange d’espèces, de leur capacité d’adaptation à l’environnement local (climat, humidité, composition du sol, résilience aux parasites…). Par exemple, les mangroves présentent l’un des taux d’absorption du CO2 les plus élevés.

3- La remise en question de l’effet absorbant des forêts à terme.
À ce jour, les forêts, les mangroves ainsi que certaines plantes sont les seuls moyens identifiés comme capables d’absorber les gaz à effet de serre émis dans le cadre des activités humaines. Or, des études récentes montrent qu’avec l’augmentation du taux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, l’efficacité des forêts pour l’absorption du CO2 a drastiquement diminué en 20 ans.
À terme, d’ici 2030, cette capacité d’absorption pourrait même complètement disparaître, voire s’inverser, ce qui conduirait à une accélération du réchauffement climatique !


Conclusion, que faire ?

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le “green-washing” pratiqué par certaines entreprises, qui affichent ostensiblement une politique environnementale basée uniquement sur ce système de compensation, sans efforts significatifs pour réduire l’empreinte écologique directement issue de leur activité.

C’est par exemple la problématique au cœur du très controversé dispositif CORSIA, mis au point et promulgué par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), une agence de l’ONU, représentant 78 États et couvrant environ les trois quarts du trafic aérien mondial. Outre les multiples conflits d’intérêts inhérents à sa conception et sa mise en œuvre, il est bon de savoir que le dispositif est l’un des arguments qui a permis au secteur du transport aérien d’obtenir son exclusion du champ d’application des Accords de Paris sur le climat… Des accords contraignants, qui auraient pu être lourds de conséquences en termes d’encadrement des pratiques du secteur s’ils avaient été rendus applicables au secteur du transport aérien. Applicable jusqu’en 2035, CORSIA prévoit de rendre obligatoire le système de compensation carbone pour toutes les compagnies aériennes après la phase-test à partir de 2025, tout en fixant lui-même les règles du jeu sur la nature des projets verts pouvant être financés par le dispositif. L’objectif étant d’atteindre et de maintenir la neutralité carbone… Par rapport au niveau des émissions mondiales relevé en 2020 (et non pas 1990, qui est le point zéro de référence de la majorité des accords sur le climat), c’est-à-dire en compensant uniquement le différentiel des émissions calculées entre 2020 et l’année 2020+n. Ironie du sort, 2020 aura été marquée par la quasi-mise à l’arrêt de l’aviation internationale en raison de la pandémie de COVID-19… Un signe des temps ?

Le pape François, dans son encyclique de juin 2015, pointait déjà du doigt le risque de spéculation sur le prix des crédits carbone, et dénonçait le principe de compensation en lui-même, devenu un nuage d’encre permettant de soutenir les pratiques de consommation irresponsables de secteurs d’activités ou d’Etats, sous l’apparence trompeuse d’un engagement global en faveur de l’environnement… Alors même qu’il est urgent de conduire le changement nécessaire dans le cadre des orientations économiques et politiques du siècle.

Compensation ou pas, chacun jugera si le mécanisme en vaut la chandelle à la lueur des informations précédentes… en gardant à l’esprit l’importance de la réduction de ses émissions.

Mais malgré la complexité de la situation, des progrès sont toujours possibles !

Des recherches récentes menées par une biologiste américaine, Joanne Chory, et récompensées par le Breakthrough Prize 2018, ont permis de concevoir des techniques de modification génétiques de plantes déjà cultivées, de manière à augmenter leur capacité d’absorption du CO2 quasiment de moitié. Cette découverte peut-elle insuffler une nouvelle dynamique dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique ?

La chercheuse estime que 10 ans de recherches et 50 milliards de dollars au bas mot seront nécessaires pour mener ce projet à terme et pouvoir cultiver ces plantes modifiées à grande échelle. Si les bénéfices attendus de cette découverte venaient à se confirmer, nul doute que les États investiraient massivement pour permettre à temps le développement de ce petit miracle de la science. Peut-être suivi de nouvelles découvertes scientifiques à forte portée ?

Les périodes de crise favorisent l’émergence des talents et des solutions. Il est de la responsabilité de chacun d’entre nous de se mobiliser, à son échelle, pour rester positif et concerné face à ces enjeux majeurs de l’avenir. Ne pas baisser les bras, continuer à croire en notre capacité à nous unir autour d’une cause commune, et faire preuve de créativité pour faire émerger de nouveaux concepts, plutôt que de nous morfondre dans un marasme contre-productif.

On ne voyage jamais aussi loin que lorsque l’on ne sait pas où l’on va.

Christophe Colomb

Et si, au lieu de “croire ce que nous voyons”, nous choisissions collectivement de “voir ce en quoi nous croyons” ? Et si, au lieu de nous focaliser avec angoisse sur la perspective d’habiter une planète sinistrée par l’activité humaine, nous visualisions un monde différent, reboisé, apaisé, moins inégalitaire, où la nature reprendrait ses droits et les activités humaines seraient totalement repensées pour respecter l’environnement ? Le fait de fixer son regard sur un obstacle que l’on cherche à éviter n’est-il pas l’assurance de foncer dedans ?

Complémentaire à la science, le pouvoir de l’intention pourrait constituer une nouvelle piste pour faire progresser les milliards d’humains habitant la Terre dans la même direction, en unifiant leur vision d’ensemble autour d’un rêve commun. Et si le fait de raisonner autrement, de choisir délibérément la nature plutôt que le profit, la sobriété plutôt que la croissance, le partage plutôt que l’individualisme, l’innovation plutôt que la continuité… Pouvait nous orienter beaucoup plus rapidement vers de nouveaux types de solutions et de technologies ?

“L’homme est un loup pour l’homme” : une vision abondamment reprise dans la littérature, depuis Pline l’Ancien jusqu’à Freud, en passant par Rabelais, Hobbes, Schopenhauer…

J’aimerais que nous puissions leur répondre bientôt : “À partir de maintenant, je vois ce que je crois : l’homme est la solution à son propre problème”.

Notes :
(1) : D’après The carbon footprint of global tourism – extrait de la revue Nature Climate Change Volume 8 – June 2018, de Manfred Lenzen, Ya-Yen Sun, Futu Faturay, Yuan-Peng Ting, Arne Geschke et Arunima Malik
(2) : D’après Compensation carbone, fausse bonne idée ? Note d’analyse de Adrien Merono sous la direction de Denis Stokkink – septembre 2018

Elsa Brin d’Azur
Elsa Brin d'Azur, créatrice de voyages, consultante et rédactrice free-lanc

Elsa Brin d’Azur, c’est l’histoire de ma 2ème vie. Je suis (re)née le 11 octobre 2019, au départ d’un voyage solo initiatique de 3 mois, à travers l’Asie et l’Océanie. J’y ai appris comment cultiver la chance et créer des passerelles entre les mondes par l’exploration et les rencontres inspirantes. Aujourd’hui, en tant que créatrice de voyages sur-mesure, accompagnante au changement de vie et rédactrice web, je mets ma vision et mon expérience de 15 ans de voyages hors sentiers battus sur les 5 continents au service de l’accompagnement des voyageurs indépendants en quête de destinations authentiques.

  • Partager sur Twitter
  • Partager sur Facebook
  • >

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *