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Raja Ampat, immersion tropicale dans le point chaud de biodiversité de l’Indonésie

Raja Ampat, c’est l’archipel des Quatre Rois que forment les quatre îles principales de cette région située aux confins orientaux de l’Indonésie. Dans le prolongement de la pointe ouest de la Papouasie Nouvelle Guinée, l’archipel est à la fois situé au milieu du Triangle du Corail, sur la ceinture de feu du Pacifique et au croisement de quatre plaques tectoniques différentes.

Avec plus de 1 500 espèces endémiques et 70 % de son habitat d’origine menacé, c’est un point chaud de biodiversité marine et terrestre unique au monde, où cohabitent les espèces issues de la rencontre des écosystèmes austronésien et asiatique. L’État indonésien peine à trouver l’équilibre pour gouverner ce petit territoire si fragile et si particulier, entre la création d’un Parc National, la gestion d’un tourisme encore confidentiel mais en croissance, et le choc de culture avec la population papoue…

Immersion dans cet écrin de nature aux richesses inestimables.

Raja Ampat en Indonésie
Depuis le belvédère de l’île de Kri, vue sur l’île voisine de Mansool.

Danse avec les tortues et les requins 

Réveil tropical

9 heures, le ciel est clair, quelques cumulus frangent l’horizon d’une journée pleine de promesses tropicales. Du ponton de bois, on peut déjà apercevoir les touches de couleur des coraux sur les fonds marins : bleues, jaunes, violettes, rosé, c’est un véritable feu d’artifice qui se dessine dans le flou artistique des reflets miroitants à la surface…

Malgré la puissance de l’appel des eaux translucides, je prends mon temps pour préparer mon matériel : élimination de la buée, vérification de la soupape de mon tuba qui me joue de mauvais tours parfois, ajustement du masque sur ma tête… Enfin, je souffle une bonne fois et j’étire mon crawl avec volupté dans une eau à 32°C.

eaux translucides de Raja Ampat
Récif à quelques encâblures de la plage, côte Nord, sur l’île de Kri.

Le film peut commencer…

À travers le hublot du masque, je me vois voler au-dessus du récif et de ses jardins de coraux arc-en-ciel. Éventails, doigts de fée, roses des sables, picots, cerveaux, bénitiers, gorgones, toutes les formes et toutes les couleurs du spectre lumineux se complètent et se répondent, harmonieuses comme un parterre de fleurs composé par le meilleur des architectes paysagistes.

À quelques centimètres au-dessus de ce tapis magique, des centaines de petits poissons multicolores fourmillent, fouissent, se nourrissent ou se querellent en un incroyable carrousel de vie décliné dans une infinie palette de détails.

Des centaines de mètres de ce récif palpitant défilent ainsi sous les mouvements de palmes, dévoilant à chaque avancée, de nouveaux détails que l’œil saturé de beauté n’avait pas encore perçu…

Puis, émergeant du grand bleu et venant à ma rencontre, une tortue fait son apparition. Magnétiquement attirée, je me rapproche d’elle lentement, je lui tends ma main de côté pour m’annoncer, je ne suis plus qu’à 50 centimètres… Elle tourne sa tête vers moi de 3 quarts, me considère longuement, pensivement pendant que nous nageons côte à côte, au-dessus du monde des coraux et des nudibranches.

Un long moment de nage partagée passe ainsi, avant qu’elle ne remonte à la surface pour respirer, pour continuer tranquillement sa route, parallèle à ma trajectoire.

J’aperçois alors 2 autres silhouettes émergeant du grand flou bleu, au-delà du tombant du récif : d’autres tortues viennent nous rejoindre, tourner en cercle autour de notre duo improbable, croisant notre trajectoire parfois…

Les coraux arc-en-ciel
Une vie sous-marine fourmillante dans les jardins de coraux des îles de Raja Ampat.

Les dents de la mer, en version pacifique

Après ce moment de grâce, il s’écoule peu de temps avant qu’une silhouette caractéristique n’apparaisse par 10 mètres de fond, dans le tombant. Un requin !

La danse des animaux fantastique prend un rythme plus piqué, la bête est curieuse, un peu nerveuse, impossible à suivre à cette vitesse. Aucune importance, car le requin, intrigué, tourne autour de moi, toujours à distance, effrayant des groupes de petits poissons paisiblement occupés dans les coraux, fendant des bancs des poissons plus gros sans égard, se faufilant comme un maraudeur entre les massifs de coraux.

Une autre silhouette furtive passe à droite, plus lointaine, en profondeur, tandis que celui-ci, décidé à aller au contact, continue son manège de virages serrés au-dessus du récif, autour de moi. Après la nage synchronisée avec les tortues, j’ai trouvé un requin pour danser avec moi en eaux claires ! Je m’immerge dans la magie de ce moment intense, essayant d’imprimer sur ma rétine et dans mon cœur chacune de ces secondes précieuses, intense mélange d’émerveillement et d’adrénaline, jouant avec la curiosité d’un requin, en apesanteur au-dessus de jardins multicolores.

Il est de ces matins miracles où le monde sous-marin accepte d’ouvrir ses portes à de parfaits inconnus avec l’ineffable générosité d’un gardien du temple qui vous donne sa confiance…

Raja Ampat, le paradis de Piaynemo

50 nuances de bleu turquoise… 

Pour ce dernier jour au paradis des eaux turquoises, départ en bateau pour une destination de légende : le petit groupe d’îles de Piaynemo, qui ferme la baie des Quatre Rois côté ouest.

Piaynemo
Vue panoramique aérienne de l’archipel de Wayag.

Après une petite heure de navigation contemplative sous le soleil, nous arrivons à Melissa garden. Sous la surface, des coraux en forme de rose des sables et de doigts de fée tapissent les fonds marins, si proches, presque à portée de palme. Bordant la zone, trois îlots karstiques émergent des profondeurs et forment de spectaculaires piliers battus par la houle, tapissés de gorgones et d’éventails multicolores où les petits poissons viennent trouver nourriture et refuge.

Le soleil darde ses rayons dans le grand bleu, projetant des rais de lumière sur les coraux pour rehausser le tableau d’un habillage irréel, éclairant parfois les silhouettes familières des requins croisant par 10 mètres de fond, indifférents à la présence humaine.

Rapidement, notre groupe de quatre snorkellers se retrouve au milieu d’un banc de poissons formant un cercle de fées sous-marin. Pris un moment dans ce ballet improvisé, nous dansons avec ce flux de vie prolifique, portés par une douce houle…

11 heures, remontés sur le bateau, nous atteignons le premier lagon intérieur de l’archipel. Le soleil est revenu, transformant l’eau en cristal d’émeraude diffractant et faisant briller les coraux affleurant à la surface. Une petite escalade plus tard et nous voilà, seuls au monde, savourant la vue d’aigle sur le lagon. Nous resterons là un petit moment sur la plateforme couverte, à immortaliser sur la rétine ce paysage spectaculaire dans toutes les directions où peut porter le regard…

Après la pause gâteau, notre bateau repart pour la deuxième session de snorkelling / plongée, autour des frontières extérieures du lagon. Nous voici déposés le long des parois karstiques côté sud : l’exploration démarre tranquillement, au rythme indolent des vagues.

La très faible profondeur donne l’impression de voler en rase mottes au-dessus des coraux multicolores, nous faisant rentrer le ventre au creux de la houle et regarder le monde minuscule des résidents des coraux droit dans les yeux. Le long des murs tapissés de gorgones, des poissons plus gros se rassemblent et arrachent des petits bouts de corail en cadence.

Émotions sous la surface

Dans un repli de terrain, une vallée sous-marine se dessine, et fonçant droit sur moi à faible profondeur, un requin vient à ma rencontre à grande vitesse… Une seconde, ma respiration se suspend et mon cerveau reptilien se demande, que faire ? La question, à peine formulée, restera sans réponse, car le petit requin, m’apercevant à quelques mètres du point de contact, fera un brusque demi-tour de lui-même, encore plus interloqué que moi de cette rencontre d’un peu trop près !

Encore sous le coup de l’émotion de cette savoureuse rencontre, j’arrive au bout de la paroi karstique, alors que mes comparses, équipés de palmes sont déjà loin devant. J’entre alors dans la zone dégagée, et j’aperçois alors mes amis revenir dans une totale précipitation à contre sens… L’urgence de leur allure m’interpelle, mais trop tard, et je comprends seulement au moment où je me retrouve emportée dans un courant local d’une puissance dépassant amplement ma puissance de nage.

L’espace de quelques longues secondes, je doute… Technique de méditation, je cesse tout mouvement contre-productif et laisse le temps filer, tout en m’efforçant de maîtriser la bouffée de panique qui commence à m’étrangler.

Ouf, j’aperçois alors une barque motorisée venant à ma rencontre. Je lui fais de grands signes désespérés, je la vois me dépasser sans me voir, je crie, j’avale la tasse… Enfin le conducteur comprend et revient sur sa trace, à ma rencontre. Le couple de passagers m’aide à me hisser sur le bateau, et le capitaine me reconduit au bateau de plongée…

Un peu de peur, aucun mal : la mer vient de me gratifier d’un aperçu réaliste du combat pour la survie des espèces animales. Juste de quoi me rappeler qu’ici l’élément marin, imprévisible, est tout puissant et nous ne sommes que ses invités dans son royaume impénétrable…

Plongée sous-marine en Indonésie
Une bio-diversité exceptionnelle au cœur du Triangle de Corail.


Le sens caché des courants

Nous sommes ensuite conduits dans des eaux moins traîtres, sur un nouveau spot de snorkelling à quelques encâblures du précédent, dans une zone abritée des courants.

Dubitative au début sur ce que des fonds sableux peuvent avoir à offrir, j’aurai ma troisième surprise de la journée, découvrant en apesanteur un parterre de coraux de toute beauté. Je songe au sens de la vie qui parfois nous transporte si rapidement de l’extase à la panique, du confort au danger, du bien-être à la lutte pour la survie.

Le schéma des formes géométriques des coraux me rappelle celle des fractales, et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le motif complexe et régulier de la destinée de certains habitants de cette Terre, qui côtoient au quotidien ce prisme où la mort et la vie sont si densément imbriqués… Ceux-là savent la valeur de ce sentiment d’infinie gratitude dans un moment de répit, après avoir échappé à une issue fatale.

La vie est une chance, et cet environnement d’exception, encore très préservé et méconnu, est un petit miracle.

Une heure plus tard et quelques centaines de mètres au-dessus de la surface de l’eau, les monts karstiques de l’archipel dressent dans la baie leurs silhouettes recouvertes de verdure, bordant les lagons émeraude d’une touche sauvage de végétation échevelée. Quelques mètres d’escalade facile pour gravir les marches du paradis, et me voilà encore, seule au belvédère en équilibre instable entre la roche acérée et le vide, suspendue quelque part entre nuages bas et surface en miroir de jade.

Ébahi, mon esprit flotte au gré des courants forts de mon âme, entre le mystère terrestre et le mystère sous-marin d’un monde encore peu exploré. Ce monde est encore relativement bien préservé, malgré une renommée grandissante chez les plongeurs, toujours plus de bateaux croisant dans la baie, de constructions de villages nouveaux et d’aménagements touristiques.

Optimiste, je ne veux pas craindre le pire et je compte sur les difficultés d’accès dans cette région du monde pour réguler les ardeurs des instagramers…

Puisse la magie de l’ambivalence durer encore longtemps ici, en apesanteur entre ciel et mer !

Découverte lors de mon voyage en Indonésie
Vue sur le majestueux Star Lagoon de Piaynemo.

Raja Ampat côté jungle, à la poursuite de l’oiseau du Paradis…

Cendrawasih, montre toi…

15 heures, notre petite équipe de naturalistes en herbe embarque dans le speedboat papou, standard local, sans esbrouffe mais efficient, pour aller à la rencontre de l’oiseau du Paradis. Visible sur les îles de Gam, Waigeo, Batanta, cette espèce d’oiseau endémique de Papouasie occidentale, porte le nom de Cendrawasih en indonésien, et peut être aperçu le matin au lever du jour ou le soir aux heures dorées.

Peu avant 16 heures, nous traversons le joli village de Sawinggrai, puis des jardins cultivés jusqu’à atteindre le couvert de la forêt, en compagnie de notre guide spécialisé, pour espérer apercevoir entre les feuillages la danse de séduction du paradisier rouge.

Une marche silencieuse s’en suit dans la forêt, en colonne. Intérieurement, je prie l’esprit de l’oiseau de se montrer à ses respectueux visiteurs… Une dernière pente raide striée de racines, et nous voilà au point de vue.

à la découverte de l'oiseau du paradis, Cendrawasih
Le Paradisier Rouge, ou Cendrawasih, endémique de la région de Papouasie Ouest.

Quand s’effondre le mythe du beau chanteur

Le paradisier rouge est un oiseau d’habitudes. Il vit dans une aire géographique restreinte et revient souvent se poser sur le même arbre, au lever et au coucher du soleil. La forêt est bruissante de vent dans les feuilles, de chants et de cris d’oiseaux… Le mouvement est partout, et pourtant, impossible d’apercevoir les silhouettes à travers l’épaisse couverture de chlorophylle qui nous entoure. L’attente ramollit notre vigilance, chacun choisit un siège pour s’asseoir, je continue à prier la forêt de nous laisser voir le plus beau de ses habitants.

Puis, un cri aigu et dissonnant, à mi-chemin entre la scie et le couinement d’une volaille en colère, vient percer la délicatesse de la symphonie du crépuscule. C’est bien lui… Moi qui m’attendais à une stridulation modulée de la plus élégante facture…. C’est raté, un mythe tombe et je dois maintenant accepter le fait que cette magnifique créature chante comme une casserole !

La rencontre du sourd et des aveugles

Enfin, l’oiseau fait son apparition dans les branches les plus hautes d’un arbre aux troncs très fins, grimpant tout droit vers le ciel comme un geyser. De notre poste d’observation, il faudra se contorsionner avec zèle et chercher une petite place en équilibre instable pour avoir le meilleur angle de vue sur l’oiseau, que l’on ne voit que d’en dessous : ventre coloré, plumes ornementales rebiquant comme la moustache de Deluxe, tête bicolore verte et jaune.

C’est tout ce que nous verrons de lui, car, curieux mais sauvage, il nous observe de loin, un peu déconcerté, sautillant de place en place sur les branches. Un long moment se passe ainsi, en silence, lui sautillant et commentant notre visite à coups de cris brefs et désapprobateurs, nous tortillant du cou pour mieux le voir, zoom des caméras à fond pour tenter de capter cette rencontre en demi-teinte assez surréaliste…

Je ne peux qu’imaginer la danse de séduction spectaculaire que je rêvais d’apercevoir, lorsque les mâles se regroupent dans l’arbre qu’ils ont choisi pour entamer de concert la danse nuptiale, twerkant de toutes leurs plumes en couronne à haute fréquence.

L’objectif, inscrit dans leurs gènes, est de susciter l’intérêt du plus grand nombre de femelles possible afin d’assurer la perpétuation de leur lignée. À charge des femelles ensuite de couver les œufs et d’élever les jeunes, tandis que les mâles repartent vivre la grande vie dans les profondeurs de la forêt. A charge de chacun d’y voir des similitudes avec des comportements déjà bien connus dans le genre humain…

Le paradisier rouge

Mon prochain rendez-vous en terre inconnue

Nous rentrerons à l’heure dorée, lumières filtrées par les feuilles, toujours enveloppés de la délicate symphonie sylvestre du chant des autres oiseaux, et nous apercevrons sur le chemin du retour, un beau cacatoès blanc à crête jaune.

Notre sentiment d’avoir raté quelque chose se noie dans l’éternelle beauté du sunset vu du ponton de l’embarcadère, la magie quotidienne du flamboiement de l’horizon et de l’apparition des premières étoiles, alors que le bateau file, déjà, à belle allure sur la crête des ridules de la mer…

Oiseau du Paradis, je reviendrai te voir danser sur ton île spectaculaire dont le mystère me reste intact à ce jour, et c’est moi qui te donne rendez-vous en terre inconnue pour voir opérer la magie d’une rencontre de la deuxième chance ! 

Plage de l'île indonésienne Raja Ampat
Elsa Brin d’Azur
Elsa Brin d'Azur, créatrice de voyages, consultante et rédactrice free-lanc

Elsa Brin d’Azur, c’est l’histoire de ma 2ème vie. Je suis (re)née le 11 octobre 2019, au départ d’un voyage solo initiatique de 3 mois, à travers l’Asie et l’Océanie. J’y ai appris comment cultiver la chance et créer des passerelles entre les mondes par l’exploration et les rencontres inspirantes. Aujourd’hui, en tant que créatrice de voyages sur-mesure, accompagnante au changement de vie et rédactrice web, je mets ma vision et mon expérience de 15 ans de voyages hors sentiers battus sur les 5 continents au service de l’accompagnement des voyageurs indépendants en quête de destinations authentiques.

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